Tweetdeck, Hootsuite, Seesmic… Les utilisateurs de Twitter ont l’embarras choix parmi de nombreux clients externes pour gérer leur compte de micro-blogging. Pendant que Twitter peine à trouver un business model crédible, (cf. “Tweets sponsorisés: 3 raisons d’un business model illusoire“), les clients externes restent prudemment du côté du 100% gratuit sans pub.

Les trois clients Twitter principaux ont le point commun de ne pas dégager de revenus significatifs et d’avoir financé leur croissance par des levées de fonds successives de plusieurs millions de dollars.

Pour quelles raisons les investisseurs en question ont-ils parié sur des programmes gratuits, sans pub, tributaire du bon vouloir de Twitter? Se sont-ils vus présenter des scenarii stratégiques crédibles, ou rêvent-ils tous de connaitre le même sort que Tweetie, racheté il y a quelques mois par Twitter?

Au delà de la grande qualité de ces trois outils, les entreprises qui y sont associées éprouvent des difficultés à bâtir un business model viable. L’objectif de cet article est d’étudier les différents obstacles qui se dressent sur la route de ces agrégateurs de vie sociale.

1- Les clients externes ne captent qu’une fraction des utilisateurs de Twitter

Même si Twitter voit 75% de son traffic être réalisé en dehors de son site internet (grâce aux widgets, etc.), les internautes sont toujours très nombreux à se connecter à Twitter.com pour envoyer leurs micro-messages. Sur un panel de 500 millions de tweets envoyé en 2009, 46.8% ont été envoyés depuis Twitter.com.

Les clients externes arrivent loin derrière Twitter.com, avec 8.48% pour Tweetdeck, 1.11% pour Seesmic et un petit 0.63% pour Hootsuite. 37.14% des 500 millions de tweets étudiés ont été affectés à une catégorie  fourre-tout “other“, représentant une myriade d’applications web et autres widgets. Notons que Twitter.com, à défaut d’avoir perdu du terrain, a vu sa part de marché progresser d’un point entre juin et novembre 2009.

Ces chiffres nous prouvent deux choses. Tout d’abord, l’API Twitter est tellement ouverte qu’en cumulé, les “other” ne sont que 10 points derrière l’application officielle Twitter.com. Ensuite, aucun client externe n’a réussi à se rendre indispensable à Twitter en captant une part significative de ses utilisateurs, ce qui limite le pouvoir de négociation de chacun.

2- Les clients externes sont paralysés par la concurrence

La plupart des clients externes comme Seesmic, Hootsuite et Tweetdeck sont gratuits et sans publicité. Leur stratégie actuelle consiste à offrir un service performant pour réunir le nombre d’utilisateurs le plus vaste. Même si les investisseurs sont prêts à financer la phase de croissance de ces services, ils devront sous peu trouver leur business model.

Il existe plusieurs stratégies de monétisation pour un client Twitter externe: le freemium (offre de base gratuite, service premium payant), la publicité, la vente de logiciels (comme Twitterrific), etc. Toutefois, les positions minoritaires des outils externes rend virtuellement impossible l’application de ces stratégies sans coordination.

Celui qui rendra son service payant ou affichera de la pub risquera de perdre massivement ses utilisateurs au profit d’un clône qui décidera de rester gratuit. Même si la solution optimale serait un virage concerté vers un business model viable, un passager clandestin aura toujours intérêt à casser le deal pour ramasser le pactole.

3- Twitter ne fera pas de business sur l’application

Twitter a révélé successivement deux stratégies de monétisation: les promoted trends, qui consistent à afficher un lien sponsorisé dans la liste des 10 sujets qui font l’actualité et les promoted tweets, qui sont des courts messages sponsorisés apparaissant dans les recherches sur Twitter.

Que l’on estime ce business model crédible ou non, il démontre toutefois la volonté de Twitter de monétiser les messages et non pas la plateforme. Même si Twitter voit son outil natif concurrencé par une myriade d’applications, son API processe encore 100% des tweets. La stratégie de Twitter étant le tweet sponsorisé, la plateforme représente une source de coûts et non une source de revenus.

Dès lors, il est inutile pour Twitter de chercher à restreindre son API comme Google ou Facebook pourraient le faire. Au contraire, Twitter a intérêt à voir se développer un écosystème de clients externes gratuits qui participeront à augmenter le nombre d’utilisateurs et donc l’impact des tweets sponsorisés. Tout cela à coût zéro pour la société.

4- Les clients Twitter diversifient leurs activités

Les clients externes ont-ils perdu tout espoir d’être jamais racheté par Twitter? Les récentes innovations semblent aller dans ce sens. En permettant à leurs utilisateurs d’agréger leurs différents flux sociaux (Facebook, Twitter, Linkedin, Foursquare, etc.), les clients espèrent devenir des applications incontournables du web social.

Toutefois, appliquer la stratégie Twitter à d’autres réseaux sociaux est un pari risqué. L’outil facebook, par exemple, est majoritairement utilisé depuis le site facebook.com et non depuis des applications externes. Ces agrégateurs de vie sociale risquent d’être réservées aux Geeks et autres technophiles, ne représentant qu’une infime portion des centaines de millions de membres des réseaux.

Par ailleurs, ce changement de stratégie ne règle pas le problème du business model. Les clients externes restent tributaires des API des différents réseaux sociaux, qui peuvent en révoquer unilatéralement les accès. Récemment, Facebook avait exigé de Zynga, le géant des jeux sur réseaux sociaux, un partage plus équitable des revenus, par exemple.

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2 Comments

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  1. Steve Mindsix says:

    Je ne crois que les clients externes attendent après un rachat de Twitter. Ils ont un plan, une idée, pour certains et peut-être carrément rien pour d’autres, car ils sont nourrit par le goût de l’aventure et voir grandir le bébé.

    Personnellement, je crois que nous allons voir une association de Twitter avec les clients externes pour diffuser les campagnes publicitaires de Twitter dans un partage monétaire.

    Je ne serais pas surpris que cela se fasse en forçant la main aux clients externes dans une sorte d’offre de Twitter que personne ne pourra refuser, ou ce sera la mort. Vous voulez notre API? Il vient avec publicité, à vous de gérer son affichage dans votre client, à vous les bénéfices.

    Tant que ma timeline ne sera pas polluée de publicité intrusive et que la pub en sera que dans des zones de trending topics, cela me va. Mais je ne suis pas convaincu que ce business model sera suffisant pour rentabiliser tout ce potentiel qu’est Twitter.

  2. Anthony Ginepro says:

    De bonnes remarques et questions, mais on se demande toujours à la fin de l’article quels business models vont permettre à ces clients externes de survivre. Je pense notamment à Seesmic qui après le rachat de ping.fm pensait être le premier client pouvant être acheté pour promouvoir Twitter (d’ailleurs Seesmic Look est assez superbe).

    L’année 2010 devait être le tournant du business model de Twitter et pour l’instant je trouve l’offre plutôt pauvre, sans doute encore assez réticent de rebuter les utilisateurs en polluant la timeline. J’espère voir un modèle gagnant-gagnant avec partage des gains pour intéresser tout le monde.


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