Depuis 2003, le chiffre d’affaires du marché du disque français connait un recul considérable. Alors qu’il se vendait pour 1,8 milliards d’euros de disques en 2003, les ventes ont dégringolé pour atteindre 0,8 milliards en 2009. Un manque à gagner de 1 milliard d’euros par an est une profonde remise en question du modèle économique de l’industrie. Si les ventes de CD sont en chute libre, l’industrie musicale doit trouver une nouvelle source de revenus.

1- Format numérique: une alternative peu crédible

L’industrie du disque peut se réjouir: le marché de la vente de CD n’a reculé que de 10,3% en 2009, soit la décroissance la plus faible depuis 2003[1. Observatoire de la musique]. Les majors cherchent à compenser ce manque à gagner avec une nouvelle source de revenus. L’offre légale de musique numérique semblait l’alternative la plus crédible pour pallier à ce manque de revenu.

Pourtant les chiffres ne sont pas au rendez-vous. Même si les ventes de musique numérique ont cru de 26% en 2009, le numérique ne représente que 8,4% des ventes contre 91,6% pour les CD[2. Industrie musicale: nécrologie d’un business model obsolète]. Dans une industrie qui a un manque à gagner de 1 milliard d’euros par an, ces performances sont loin d’être suffisantes pour rattraper la dégringolade des ventes de CD. Le format numérique n’est donc pas l’alternative dont l’industrie du disque a besoin.

2- Ecoute de musique sur mobile: de bonnes performances

De plus en plus de smartphones, à l’image de l’iPhone, permettent à l’utilisateur d’écouter de la musique. Ainsi, dans le panel Euro 5 de Comscore (France, Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni), près de 24% des possesseurs de téléphone mobile utilisent leur appareil pour écouter de la musique. Les statistiques par pays sont les suivantes:

  • France: 21.1%
  • Allemagne: 25.8%
  • Espagne: 30%
  • Italie: 21.1%
  • Royaume Uni: 22.6%

3- Achat de musique sur mobile: des chiffres décevants

Même si entre 1/4 et 1/5 des utilisateurs écoutent de la musique sur leurs téléphones mobiles, les chiffres des achats de musique sur mobile sont décevants. Moins de 2% des possesseurs de mobiles dans les pays de l’Euro 5 achètent des musiques sur leur téléphone portable. Les statistiques par pays sont les suivantes:

  • France: 1.9%
  • Allemagne: 2%
  • Espagne: 1.6%
  • Italie: 1.7%
  • Royaume Uni: 2.1%

Progression des ventes de musique mobile en Europe

Le nombre de personnes téléchargeant sur leur téléphone mobile a cru de 62% entre mars 2009 et mars 2010 dans les pays de l’Euro 5. Toutefois le nombre total est loin d’être suffisant pour représenter une source crédible de revenus pour le marché du disque.

4- Conclusions

  • Si la croissance annuelle de 26% se maintient (ce qui ne sera pas le cas puisqu’elle ralentit), le numérique atteindra le milliard d’euros 2022. Ces chiffres ne comptent ni l’inflation, ni la chute des ventes de CD à venir.
  • Le seul pays dépassant le million de téléchargeurs mobiles est l’Allemagne, qui est aussi le pays le plus peuplé du panel avec plus de 80 millions d’habitants.
  • Si l’achat sur mobile devait compenser à lui seul la dégringolade des CD, il faudrait que chaque téléchargeur français  achète 1144 chansons par an (à 1€ la chanson). Crédible?

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5 Comments

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  1. Daniel says:

    étrange calcul

    un ami qui travaille dans la musique me disait que la moyenne française des dépenses de musique est de 5€ par an

    Donc avec un abonnement Spotify premium à 9.99€/mois pour écouter sur mobile en streaming on doit être super rentable pour l’industrie musicale
    Sans compter que l’opérateur télécom se permet de surtaxer la data (payante en streaming meme avec un abonnement illimité data !).
    La Sacem devrait taxer les opérateurs télécoms sur le streaming plutot que les supports de stockage pour se renflouer :-)
    (l’erreur de calcul doit provenir du fait que les revenus de la musique ne s’appuient pas que sur les ventes de titres mais aussi beaucoup sur les taxes de supports de stockage)

    1. Jean-Nicolas Reyt says:

      Bonjour Daniel,
      A quelle erreur de calcul faites-vous référence? Si nous prenons le CA de 2003 de l’industrie du disque, et prenons l’hypothèse de 60 millions de français, alors chaque français dépensait 30€ par an en musique en 2003, contre 13€ en 2009. Ces chiffres sont bien loins des 5€ que vous avancez.
      Si chaque français dépensait 5€, nous arriverions à un CA de 300 millions annuels pour l’industrie musicale. Heureusement pour elle, elle n’a pas encore dégringolé jusque là!
      Concernant le chiffre de 1144 titres par an, là non plus il ne s’agit pas d’une erreur. Comme seuls 2% des possesseurs de téléphone mobile téléchargent des musiques, pour un prix de 1€ par titre (comme sur itunes, par exemple), le poids sur chaque téléchargeur est énorme.

      1. Daniel says:

        L’erreur c’est de considérer que le CA de l’industrie du disque ne vient que des achats de CD par les français
        L’écart entre 5€ et 13€ serait justement lié à leurs autres sources de revenus (SACEM): diffusion dans les lieux publics, taxes sur les supports de stockage, etc…

        1. Jean-Nicolas Reyt says:

          Je vous confirme que les chiffres que j’utilise sont ceux des ventes de CD et non pas le chiffre d’affaires global du secteur. J’explique d’ailleurs dans un précédent article que même si les ventes de CD chutent et rapportent 1 milliard d’euros de moins par an qu’en 2003, les recettes du spectacle vivant explosent.
          Article: http://reyt.net/blog/business-model/industrie-musicale-necrologie-dun-business-model-obsolete/

  2. Aristidez says:

    L’unité de mesure (en millions d’euro) du graphique n’est pas précisé. Merci.


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