Alors que Facebook essuie de virulentes critiques dans la presse et sur la blogosphère (vous pouvez lire plusieurs articles ici, ici et ici) à propos de l’érosion progessive de ses conditions générales au détriment de la vie privée de ses 500 millions d’utilisateurs, la question de la gestion des données privées n’a jamais été autant d’actualité.

Les réseaux sociaux, qui incluent une part toujours plus grande de nos données personnelles (nom, date de naissance, liste d’amis, photos privées, préférences sexuelles, sorties, adresse, numéro de téléphone, etc.) ont une résponsabilité toujours plus grande dans la gestion de notre identité numérique. Peut-on faire confiance à une entreprise privée pour gérer nos informations personnelles, ou doit-on craindre l’appât du gain?

Doit-on accepter de sacrifier une partie de ses données privées pour profiter des réseaux sociaux? Faut-il faire le nettoyage de ses comptes en ligne pour éviter qu’ils se retrouvent soudainement indexés par les moteurs de recherches, suite à un énième changement de paramètres de confidentialité?

Alors que j’installais ce blog sur une architecture WordPress en même temps que je créais ma page Facebook (ici) et mon compte Twitter (@jnreyt) j’étais effaré de la différence entre les deux modèles. Alors que les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) étaient centralisés, fermés et ne me donnaient qu’un accès restreint à la gestion de mes données, un CMS comme WordPress m’apportait une liberté totale et une communauté d’aide bien plus développée que les services clients d’entreprises privées (plus d’informations sur les sous-effectifs des réseaux sociaux ici).

Même si les puristes m’expliqueront que les CMS et les réseaux sociaux ne peuvent pas être comparés, le projet “Diaspora” semble aller dans le sens de cette réflexion. Parce que c’est un nouveau projet, je vais vous apporter les éléments principaux de Diaspora en 10 points.

1- Qu’est-ce que Diaspora en trois mots?

Alors que Facebook est un réseau social centralisé, propriétaire, contrôlé par une entreprise peu encline à protéger la vie privée, Diaspora est un réseau social soucieux du respect de la vie privée, contrôlé par les utilisateurs, décentralisé et open source. (En anglais: “the privacy aware, personally controlled, do-it-all distributed open source social network”)

2- Quels sont les risques actuels de dispersion des données personnelles?

Les réseaux sociaux, les services en ligne, collectent de plus en plus de données personnelles sur leurs utilisateurs. Combien de site internet disposent de votre date de naissance, votre adresse e-mail, votre véritable nom, nécessaires pour toute inscription? Avec l’érosion progressive des paramètres de confidentialité, ces données personnelle, votre identité numérique, se retrouve dispersée sur internet. Plus vos données sont dispersées, plus vous en perdez le contrôle.

3- Comment le projet Diaspora répond-il à cette dispersion?

Avec les réseaux sociaux actuels, cohérence de l’identité numérique et “interconnexion” semblent incompatibles. L’ambition de Diaspora est de rendre possible pour les utilisateurs d’utiliser les nouveaux outils du Web 2.0 tout en gardant un contrôle sur leurs données personnelles.

4- En quoi Diaspora est-il décentralisé?

Paradoxalement, Diaspora est en même temps centralisé et décentralisé. Centralisé dans le sens où l’utilisateur n’éparpille plus ses informations personnelles entre une multitude de services différents. Décentralisé dans le sens ou chaque utilisateur pourra disposer de sa propre installation de Diaspora, qu’il administrera lui même. C’est ce qui explique que le projet puisse se prévaloir d’être contrôlable par l’utilisateur et de protéger sa vie privée.

5- Comment Diaspora fonctionnera-t-il concrètement?

Chaque utilisateur pourra installer sur son ordinateur une « graine » (en anglais : “a seed”). Cette graine stockera toutes les informations de l’utilisateur : son profil facebook, ses tweets, ses informations personnelles, etc. Comme cette graine est hébergée sur l’ordinateur de l’utilisateur, ses données personnelles ne sont pas éparpillées. Pour nos amis les geeks, c’est comme si chaque utilisateur administrait son propre système OpenID.

6- Pourquoi le nom “Diaspora”?

La diaspora fait référence au phénomène de dispersion. Est-ce un constat de la dispersion des données confidentielles des utilisateurs, ou au contraire de la dispersion des graines du projet Diaspora? Allez savoir…

7- Qui est à l’origine du projet?

Diaspora a pour origine quatre étudiants américains de NYU (New York University). Leurs noms sont: Daniel Grippi, Maxwell Salzberg, Raphael Sofaer, Ilya Zhitomirskiy.

Les fondateurs de Diaspora, l'alternative Open Source à Facebook

8- Quand le projet sera-t-il lancé?

La concrétisation du projet est prévue pour la fin de l’été. Il semble que Daniel, Maxwell, Raphael et Ilya soient encore étudiants et profitent de leurs vacances pour finaliser Diaspora…

9- Que faire pour les aider?

A l’origine, les quatre amis espéraient récolter 10.000$ de dons pour leur projet. L’objectif a été largement atteint puisque le 18 mai ils en avaient récolté plus de 180.000, de la part de plus de 5.000 micro-donateurs. Inutile de continuer à leur donner de l’argent, voyons d’abord comment ils se débrouillent avec ce panier de départ bien garni.

10- Diaspora sera-t-il une alternative à Facebook?

Il semble que non. Diaspora sera plutôt un outil de gestion de données personnelles qui se branchera sur les réseaux sociaux.Il s’agit donc d’extraire les données confidentielles de Facebook, ce qui nous va très bien! Même si Diaspora vivra en parallèle des réseaux sociaux, il permettra aussi d’effectuer des connexions entre plusieurs “graines” de manière sécurisée.

Pour conclure, quels sont les obstacles?

L’analyse des obstacles qui se dresseront sur la route de Diaspora feront l’objet d’un prochain article (pensez à vous inscrire à mon flux RSS ou à ma newsletter pour le recevoir). A ce stade de la réflexion, je pense que les principaux obstacles se situeront du côté des éditeurs de réseaux sociaux, qui n’auront pas intérêt à permettre à leurs utilisateurs d’utiliser leurs plateformes sans leur livrer leurs données personnelles en retour. Par ailleurs, l’outil devra être suffisamment simple pour être utilisable par la masse des internautes. Enfin, le projet n’en est encore qu’à ses balbutiements. Rien ne nous dit que quatre étudiants auront assez d’un été pour véritablement transformer la gestion des données personnelles sur le web.

Je vous invite à donner votre avis sur ce projet en laissant un commentaire à cet article.

Join my newsletter

Stay ahead of social media, mobile and technology trends. Subscribe to my newsletter to receive my upcoming articles and get exclusive content.

Daily Stats | Weekly Recap | Studies


17 Comments

You can track this conversation through its atom feed.

  1. jnreyt says:

    10 points pour comprendre « Diaspora », le Facebook Open Source http://reyt.net/s/y

    1. lecourrierindus says:

      RT @jnreyt: 10 points pour comprendre « Diaspora », le Facebook Open Source http://reyt.net/s/y

  2. jnreyt says:

    "Diaspora": 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://reyt.net/s/y

    1. marilor says:

      "Diaspora": 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://reyt.net/s/y via @jnreyt

    2. oziks says:

      RT @jnreyt: "Diaspora": 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://reyt.net/s/y

  3. Damien says:

    Pour l’instant, Dispora c’est surtout … une utopie.
    Concrètement c’est rien de plus qu’une idée.

    Jason Fried a très bien résumé toute la problématique de ce projet sur le blog de 37Signals : http://37signals.com/svn/posts/2330-diasporas-curse

    1. Jean-Nicolas Reyt says:

      Bonjour Damien,
      Même si je suis d’accord avec le fait que Diaspora dispose de trop d’argent, et que l’attention est sans doutes mises trop tôt sur le projet, je pense toutefois que l’initiative est bonne. Il semble qu’un groupe de français planche aussi sur une solution de ce type. Affaire à suivre!

  4. hibernatus says:

    "Diaspora" — 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://j.mp/9DABwT (via @br1o)

    1. imagescreations says:

      RT @hibernatus: "Diaspora" — 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://j.mp/9DABwT (via @br1o)

  5. Maetvaplanet says:

    RT @br1o: "Diaspora" — 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://j.mp/9DABwT

  6. Delphine_D says:

    RT: @br1o: "Diaspora" — 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://j.mp/9DABwT

  7. Yogiimise says:

    RT @br1o: "Diaspora" — 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://j.mp/9DABwT

  8. quesh_twit says:

    RT: @br1o: "Diaspora" — 10 éléments à savoir sur le Facebook Killer http://j.mp/9DABwT

  9. jnreyt says:

    Merci à @lucileeureka @mick13090 @c2binteractive @amo__ @Affairadom @clombart @sameganegie pr le RT de http://reyt.net/s/y

  10. Kenshin says:

    Diaspora, c’est bien sur le papier.
    Mais dans la pratique, je suis certain que seuls les “Geeks” s’en serviront. Les ados et autres non-professionnels de l’informatique resteront sur Facebook, parce qu’après tout, leur vie privée, ils s’en balancent. (et Facebook c’est bien, c’est beau c’est facile tout le monde est dessus…)

    C’est exactement comme Twitter. On a StatusNet (et identi.ca qui se sert de StatusNet) comme alternative libre à Twitter. Mais ça reste (et ça restera) marginal.

    1. Jean-Nicolas Reyt says:

      Bonjour et merci pour ce commentaire,
      Je suis assez d’accord avec vous sur le fait que Diaspora, étant une solution technique, sera au début utilisé par les geeks. Toutefois je pense qu’il ne faut pas se décourager et espérer que l’outil sera suffisamment simple à utiliser pour que des communautés d’utilisateurs s’ouvrent et que peu à peu l’outil soit utilisé par le grand public.
      Nous verrons bien ce que donnera l’outil.
      Bonne journée!

  11. extrakings says:

    ça serait pas mal d’avoir un diaspora qui reprenne des idées d autres concepts
    -raindrop de mozilla qui centralise tout les flux/ réseaux sociauxet recevoir les notifications de manière unifié
    -l’unification de plusieurs boites mail
    -reprendre le concept de wave le transposer au réseaux sociaux (facebook message/twitter direct message /)
    -reprendre le concept de wave et y implementer du peer to peer partager des fichiers avec certains contacts
    -utiliser openstreet map pour être geolocalisé ou geolocaliser des photos documents ,un peu comme google latitude utiliser la geolocalisation que pour certains contacts l’enlever à tout moment


Leave a comment